Un voyage sculptural à travers l’Europe

BLICKWEIT – Sculptures pour le Nord

Exposition régionale entre mer du Nord et mer Baltique / 24 sculptures sur 22 sites, 2025

Le projet sculptural BLICKWEIT n’est pas une exposition de sculptures au sens traditionnel du terme. C’est l’étape actuelle d’un voyage sculptural qui m’a mené à travers plusieurs pays d’Europe, dont l’Allemagne et l’Autriche. Mon intention est de visiter, avec mes sculptures, des lieux hautement symboliques entre les côtes de la mer du Nord et de la mer Baltique. À l’instar d’un groupe de touristes, mes sculptures voyagent de lieu en lieu, arrivent, s’installent, restent un moment, font des expériences spécifiques et repartent. Les sculptures peuvent être vues comme un fil rouge imaginaire qui invite le spectateur à le suivre pour découvrir la région sous des perspectives nouvelles et inhabituelles. Aux endroits où se trouvent les sculptures, cette ligne imaginaire, qui n’existe que dans l’esprit et traverse le pays, devient matière, devient sculpture, pour ensuite continuer à se déplacer de manière immatérielle et être à nouveau présente au lieu suivant sous la forme d’une ligne d’acier haptique, comme la sculpture suivante. Il en résulte une succession de réalités et d’imaginations. On pourrait également qualifier le projet de collier de perles qui ne déploie son plein effet que dans son ensemble.

On pourrait aussi décrire le projet comme l’a fait un journaliste ingénieux, en constatant que les sculptures surgissent du sol comme des champignons, peuplent tout le pays et sont reliées entre elles par un mycélium invisible.

Les sculptures ne sont pas des variations formelles, mais se distinguent nettement les unes des autres, de sorte qu’il en résulte une mosaïque multiforme de lieux différents qui communiquent entre eux. Le spectateur est invité à participer à cette communication. Il est important pour moi que notre projet ne s’adresse pas seulement à un public amateur d’art, mais aussi aux personnes qui sont simplement curieuses et qui parcourent le monde les yeux ouverts. Je souhaite créer une communication entre les différents lieux, mais aussi entre les visiteurs.

Les sculptures jouent un rôle actif dans la perception, car elles suscitent des associations multiples et leur effet ne s’épuise pas dans la rencontre quotidienne. Il est surprenant pour moi de voir comment la relation de la sculpture avec son lieu d’implantation se répercute. Une seule et même sculpture peut, par exemple, prendre une tout autre signification dans un contexte urbain que dans la nature sauvage, la nature originelle. Chaque « sculpture voyageuse » développe ainsi une sorte de mémoire sculpturale qui inclut, dans la perception d’une sculpture donnée sur son site actuel, le fait qu’elle se trouvait auparavant ailleurs et qu’elle a noué des relations totalement différentes. Certains visiteurs de mes projets sculpturaux, avec lesquels je suis encore en contact aujourd’hui et qui ont vécu les voyages précédents, confirment cette impression.

Extrait d’un entretien entre Ulrich Schneider et Robert Schad le 7 décembre 2024

DIX PAR DIX

Région Bourgogne-Franche-Comté (FR) / 62 sculptures sur 32 sites (commissaire : Jean Greset), 2021

Sont-elles désormais évidentes ou mystérieuses ? On peut au moins dire des œuvres de Robert Schad qu’elles nous incitent à la réflexion. Apparemment simples et claires, elles se transforment pourtant sans cesse. Elles sont riches en contradictions, toujours dualistes, monumentales mais aussi aériennes. Elles sont faites d’acier et possèdent la teinte chaude et chatoyante de l’acajou. Aussi contemporaines soient-elles, elles affichent pourtant la rouille d’un temps passé. Et lorsqu’elles s’imposent à nous, il nous est facile de voir clair en elles.

Dans l’exposition actuelle sur le territoire de toute une région, ces sculptures imposantes existent en soi et questionnent le paysage ou le bâtiment qui les accueille, tant sur leur site respectif que dans leur contexte historique… Comme la région Bourgogne-Franche-Comté dispose, comme on le sait, d’un patrimoine culturel extraordinairement riche et que nous sommes guidés par l’idée que la culture est un élément essentiel de notre vie et de notre identité, notre région a pu accueillir avec enthousiasme le projet DIX PAR DIX proposé par Robert Schad en collaboration avec l’association Centre d’art mobile. Trait d’union entre les territoires, cette exposition dessine un portrait hétéroclite de la région Bourgogne-Franche-Comté, de Besançon à Bibracte, de la statue de Buffon à Montbard à la Saline royale d’Arc-et-Senans, du prieuré de Marast à Tournus, en passant par Lure, Ronchamp, Flavigny-sur-Ozerain, Arc-sous-Cicon et Alésia.

L’exposition est ouverte au public et s’adresse aussi bien aux habitants de notre région, qu’elle relie entre eux, qu’aux visiteurs et touristes qui peuvent découvrir à travers elle un territoire vivant, attractif et aux paysages variés. La Bourgogne-Franche-Comté est une région dotée d’un passé fort et d’un regard résolument tourné vers le présent.

Marie-Guite Dufay, Présidente de la Région Bourgogne-Franche-Comté

Von Ort zu Ort

Exposition régionale en Haute-Souabe / 73 sculptures sur 56 sites (commissaire : Wendelin Renn), 2019

Lorsqu’en 2019 la Haute-Souabe devient l’espace d’un projet sculptural de Robert Schad, cela peut être considéré comme un magnifique cadeau de l’artiste à sa terre natale. Avec plus de 60 sculptures en acier réparties sur plus de 40 sites, d’Achberg à l’est à Thalheim à l’ouest, d’Ulm au nord à Friedrichshafen au sud, les points d’intérêt historiques, culturels et naturels de cet espace historique particulier, marqué par les monastères, les châteaux et les villes et dont les racines remontent à la fin du Moyen Âge, sont mis en valeur de manière charmante. La profusion de curiosités sur lesquelles Robert Schad appose sa marque impressionne, qu’il s’agisse de la Heuneburg celtique, de monastères comme Schussenried, Salem ou Inzigkofen, de châteaux comme Wolfegg ou Tettnang, ou de villes comme Ravensbourg ou Ulm.

La Société de Haute-Souabe pour l’histoire et la culture a pour objectif d’étudier et de préserver historiquement et culturellement la singularité de la Haute-Souabe, qui fut partagée entre plusieurs États au début du XIXe siècle dans le cadre de la réorganisation politique napoléonienne. Elle salue l’initiative artistique de Robert Schad, qui constitue une impulsion particulière pour la perception et la valorisation du paysage et de la culture de la Haute-Souabe, et est donc ravie de figurer parmi les soutiens de ce nouveau projet sculptural de l’artiste. Elle souhaite à cette exposition dispersée dans tout l’Oberland de nombreux visiteurs et des observateurs attentifs de la beauté multiforme de la Haute-Souabe.

Prof. Dr Thomas Zotz, Président de la Société de Haute-Souabe pour l’histoire et la culture

Deux Villes

Exposition urbaine simultanée à Metz (FR) et Saarlouis (DE) / 24 sculptures (commissaire à Saarlouis : Jo Enzweiler et à Metz : Yvain Bornibus), 2018

Avec « Deux Villes », Robert Schad a testé de multiples manières les potentiels de l’art – dans son cas particulier : de la sculpture concrète – dans l’espace public, qui plus est dans deux pays différents : l’Allemagne et la France. Sur 21 sites à Metz et 18 sites à Saarlouis, il a procédé à des installations sculpturales qui réagissaient aux conditions locales. Tantôt une circulation automobile intense déferlait sur les sculptures aux formes fines, conquérant l’espace comme à tâtons, tantôt elles se trouvaient dans des endroits plus calmes des zones piétonnes. Si elles entraient ici en dialogue avec des monuments historiques, elles s’intégraient là avec une telle évidence dans les espaces verts qu’elles semblaient y avoir poussé naturellement.

À certains endroits, elles s’affirmaient avec une telle assurance par leur seule taille qu’elles n’avaient besoin d’aucune protection ; à d’autres, il a semblé opportun aux responsables de souligner et de garantir leur caractère et leur rang d’œuvres d’art par des indications et des marquages. Dans cette contribution, je prends l’action « Deux Villes » de Robert Schad comme occasion de réflexions sur le rôle et la perception de l’art dans l’espace public en général, à l’appui de cas exemplaires des quelque 50 dernières années en Allemagne, dans d’autres pays européens et aux États-Unis. Il va de soi que cet « À propos » ne peut embrasser l’horizon extrêmement vaste du sujet.

S’il parvient néanmoins à suggérer quelles réactions extrêmes et quelles discussions controversées l’art contemporain est capable de susciter dès qu’il quitte l’espace protégé des musées et des galeries – une adhésion empathique, voire une affection humaine, tout comme un rejet furieux – alors cet essai aura atteint son but.

Extrait de texte de Roland Mönig, « À Propos Robert Schad : l’art dans l’espace public entre acceptation et conflit »

Metz

Le projet artistique européen « Deux villes – deux villes, Metz et Saarlouis en dialogue » présente pendant près d’un an, dans les deux anciennes villes fortifiées, un total de 39 sculptures en acier de l’éminent sculpteur contemporain allemand Robert Schad. Ce sont des structures linéaires tridimensionnelles abstraites pesant plusieurs tonnes, principalement monumentales, soudées à partir de barres d’acier carrées massives de 100 mm, qui, contre toute attente, s’élèvent en mouvements corporels avec une légèreté gracieuse, parfois dansante, ou s’étendent latéralement dans l’espace comme avec des bras, pointent dans des directions, forment des boucles, ou s’enroulent en formes compactes ou serpentent sur le sol en s’étalant largement.

Équilibrées sur seulement quelques pointes, voire une seule, touchant le sol, elles suggèrent une stabilité totale. Pour Robert Schad, « la sculpture est un art du corps » avec une « flexibilité des articulations » et une « légère lourdeur », pour laquelle il définit la chorégraphie en plaçant sans cesse les sculptures dans des espaces urbains et naturels très différents. À chaque nouvel emplacement, ses sculptures en acier se mettent en scène de manière tendue et différente, offrant aux spectateurs et spectatrices des possibilités de perception variées.

Les sculptures en acier de Robert Schad trouvent leur origine dans ses dessins à la main, tracés à la craie et au fusain. La ligne devient pour lui le véritable moyen d’expression et l’élément central de conception de son œuvre. Elle incarne son axe intérieur, c’est sur elle qu’il construit son existence, elle reflète sa réflexion subjective sur le monde.

Lors de mes visites en famille à Metz à l’été 2018, les lignes ont également joué un rôle majeur. Une ligne jaune entre une ligne verte, rouge et violette, le parcours Robert Schad, nous a menés du Centre Pompidou et du parc de la Seille au pied de l’escalier de la place de Chambre, en contrebas de la cathédrale Saint-Étienne. La ligne jaune nous a guidés sur des chemins totalement nouveaux et inconnus à travers le centre de Metz, avec ses façades en pierre de Jaumont issues du passé français et prussien, devant la plus belle gare de France, des petits parcs et jardins, des cours intérieures et des ruelles étroites, et devant 21 sculptures en acier, pour la plupart monumentales.

Extrait de texte de Margarethe Wagner-Grill, Institut d’art contemporain de la Sarre, Sarrelouis

Saarlouis

Robert Schad ne semble jamais avoir tout à fait coupé le cordon ombilical avec la « mère des arts » dans ses sculptures. Il se réfère sans cesse aux ingénieurs et aux architectes, et le mot « architectural » traverse les déclarations de l’artiste et les commentaires sur ses œuvres. Leur dimension monumentale prédestine les œuvres à l’extérieur (acier carré, 10 x 10 cm et parfois bien plus, par exemple Fátima, Villingen-Schwenningen). Dans le cadre de grands projets d’exposition, elles occupent de manière impressionnante l’espace public. Immergées dans la densité urbaine ou exposées à l’immensité rurale — l’espace public est le biotope de leur vocation. Elles y trouvent leur équilibre et les meilleures conditions pour s’épanouir librement. Lumière changeante du jour et de la nuit, architecture environnante, situations de places, matérialité, changement des saisons et des conditions naturelles, pluie, neige, diversité de la végétation, c’est dans l’espace public que ces travaux s’expriment pleinement. Et c’est là aussi qu’ils trouvent leur public, qui les charge et les nourrit d’autant plus du regard nuancé de la rencontre fortuite.

Or, l’habitat naturel de ces créations, l’espace public, est soumis à certaines contraintes. Le défi d’organiser une exposition pour Robert Schad consiste à devoir composer avec des conditions souvent restrictives et parfois contradictoires. En quittant l’espace protégé prévu pour l’art, les sculptures de Robert Schad sont exposées à toute la complexité d’un tissu urbain et donc aussi bien à ceux qui le gèrent qu’à ceux qui y vivent. Les uns ne sont pas forcément préparés et les autres pas prêts à percevoir et à accueillir les œuvres d’art comme telles. Il faut beaucoup de bienveillance pour répondre aux souhaits de toutes les parties prenantes : ceux de l’artiste, qui sont puissants et exigeants, et les préoccupations non moins légitimes de la population. Après tout, il s’agit de leur propre territoire. Il s’agit donc de pénétrer dans toutes les strates de la structure institutionnelle et de concilier des intérêts tout à fait légitimes, bien que très divergents, afin que le souhait puisse devenir une volonté commune, portée en fin de compte par une large acceptation.

Le parcours réalisé dans le cadre des Constellations de 2018 à Saarlouis et Metz, avec un total de plus de 40 sculptures de Robert Schad, illustre de la plus belle manière comment une telle équation peut être résolue et comment la cohabitation peut réussir.

Extrait de texte de Yvain Bornibus, commissaire de projet

Brême – VIERKANT

Knoops Park (commissaire : Inga Harenborg) et quartier de Gröpelingen, Brême / 22 sculptures (commissaire : Mirjam Verhey)

À Brême, dernièrement, lors d’une imposante coopération municipale placée sous le mot d’ordre « Robert Schad. Bremen vierkant » – et qui reliait plusieurs lieux d’exposition de manière aussi évidente qu’élégante. Outre une exposition fascinante à la Gerhard-Marcks-Haus, des compléments à l’exposition ont été présentés au cours de l’année 2020 à Gröpelingen et à St. Magnus, plus précisément au Knoops Park. Il s’agissait majoritairement de sculptures pesant plusieurs tonnes, mais aussi de dessins, de projets et d’esquisses qui ont poursuivi et intensifié, avec différents accents, le dialogue recherché par Schad entre l’art et l’architecture, l’espace urbain et la nature. Parmi les participants à cette formidable série d’événements figuraient notamment l’initiative Gröpelinger Kultur Vor Ort e. V., la fondation Kränholm ainsi que l’atelier de sculpture de l’établissement pénitentiaire de Brême, utilisé par l’association « Mauern öffnen e. V. » pour la réinsertion des détenus. L’Institut du film de danse de Brême était également représenté par une contribution remarquable, confrontant les œuvres de l’artiste plasticien aux performances mouvantes et émouvantes d’anciennes figures de la danse brêmoise comme Gerhard Bohner, Urs Dietrich et Susanne Linke.

Grâce à des articulations souples, le spectacle de Schad « Bremen vierkant » a réussi, en intégrant élégamment l’espace public, un quadruple exploit artistique sans égal : la soudure intime des beaux-arts, le lien entre les lieux d’exposition hétérogènes, l’union des quartiers et, enfin, la mise en réseau des actrices et acteurs engagés. Ce qui en a résulté en termes de coutures, de lignes et de perspectives constitue un tissu exemplaire et encourageant de coopérations culturelles pour Brême (et au-delà). Ce projet d’exposition singulier a ouvert au public une voie à la fois praticable et multiperspective vers la sculpture, présentant des seuils d’accès louablement bas, des qualités inclusives exemplaires et une grande valeur visuelle. Tout cela, notons-le, en période de pandémie, qui n’a par phases autorisé aucun autre format que la contemplation d’œuvres d’art dans l’espace public.

Extrait du message de bienvenue du maire, le Dr Andreas Bovenschulte, président du Sénat et sénateur pour la Culture

Gröpelingen

Percurso Lusitano

Exposition nationale au Portugal / 48 sculptures sur 27 sites (commissaire : Robert Schad), 2017

Le projet présenté ici, que l’artiste appelle « Percurso Lusitano », fait suite à son projet sculptural réalisé précédemment en Bretagne, où plus de 50 sculptures ont été installées dans l’espace public l’année dernière. Là-bas, le rapport à la nature, au paysage rural ou à la mer, ainsi qu’au patrimoine historique, était structurant. Comme Robert Schad entretient ce lien de longue date avec notre pays, il ne nous surprend pas qu’il ait eu une grande envie de faire de nouvelles expériences au Portugal avec ses sculptures dans un contexte élargi.

Je l’ai appelé ouvrier d’usine. En effet, seul quelqu’un qui ne craint pas de « mettre la main à la pâte » aurait l’idée de réaliser un projet comme ce Percurso Lusitano, sans aucun soutien curatorial et surtout sans producteur en arrière-plan. Nous connaissons son attachement profond à l’ensemble du territoire national (il a parcouru le pays à diverses occasions, notamment comme guide lors de voyages culturels) ; nous savons que par sa résidence au Portugal, où il vit plusieurs mois par an, il a acquis de l’expérience dans ses relations avec les habitants ; nous connaissons le prestige qu’a apporté la conception de la Cruz Alta de Fátima, cette représentation impressionnante et grandiose du Christ en croix, érigée en 2007 et haute d’environ trente-cinq mètres ; mais ce que nous ne pouvons imaginer, c’est comment il a pu vaincre les couloirs et les montagnes de la bureaucratie, persuader les instances publiques et privées, afin d’organiser la mise en place d’une entreprise demandant autant de travail.

Digne au moins d’un Don Quichotte. Traversant le Portugal du nord au sud, le Percurso Lusitano est un tour de force unique. Jamais un artiste national n’avait osé une initiative comparable. Seul un ouvrier d’usine infatigable, seul un « travailleur de l’esthétique » assidu peut réussir une telle chose. Quand on observe comment ses formes contrastent avec les formes primitives du magnifique paysage de l’Alto Minho, à Valença et Vila Nova de Cerveira, quand on observe le dialogue qu’elles nouent avec les monuments médiévaux, gothiques et de la Renaissance, comme à Sanfins à Friestas ou à Évora Monte, quand on se rend compte que les sculptures agissent différemment selon qu’elles ont été « dessinées » dans le paysage ou dans l’espace urbain, alors nous devons conclure qu’elles représentent effectivement différents dialectes d’une langue commune. Adaptées aux circonstances les plus diverses, les œuvres infléchissent la syntaxe spatiale toujours résonnante de leur existence contextualisée.

Extrait de texte de Miguel von Hafe Pérez, « Territoire et signification ou comment l’art cartographie la vie »

« Blickachsen 10 »

Campus de l’Université Goethe de Francfort, 10 sculptures (dans le cadre de BLICKACHSEN 10 – commissaire : Christian Scheffel), 2015

Im Rahmen von »BLICKACHSEN 10« zeigt Robert Schad 2015 zehn grossformatige Skulpturen vor dem Poelzig Bau in Frankfurt.

Il s’agit de la continuation d’une série d’expositions organisée depuis 1997 sous l’égide de la Galerie Scheffel et, depuis 2013, sous la direction de la Stiftung Blickachsen GmbH, tous les deux ans pendant environ quatre mois (de fin mai à début octobre) et qui est devenue entre-temps la plus importante présentation de sculpture contemporaine internationale en République fédérale d’Allemagne.

Le bâtiment, construit de 1928 à 1931, était le siège d’IG Farben. Après la fin de la guerre, l’administration militaire américaine s’y est installée. Depuis 2001, le bâtiment abrite une partie de l’Université Goethe.

Les sculptures de Schad répondent, avec une légèreté dansante, à la rigueur de l’architecture monumentale et sobre, qui offre le décor d’un spectacle sculptural hors du commun. Les géants d’acier anthropomorphes et constructifs ne touchent le sol qu’en quelques points et semblent, malgré leur poids de plusieurs tonnes, flotter sur l’esplanade devant le bâtiment. Construits à partir de massifs segments d’acier à section carrée, ils évoquent des plantes qui, poussées par une force intérieure, ont grandi dans l’espace et, malgré leur rigidité construite, transmettent un mouvement qui semble se figer au moment de l’observation.

Ces dernières années, le lieu a régulièrement accueilli des expositions de sculptures, notamment de Bernar Venet (2011) et de Jaume Plensa (2012).

GRAVITÀ SOSPESA – LEICHTE SCHWERE

Castel de Pergine, Valsugana (IT) / 17 sculptures (commissaires : Verena et Theo Schneider), 2015

Au début de l’été 2013, de raides lacets m’ont conduit jusqu’au Castel Pergine, perché au-dessus de la Valsugana – un lieu chargé d’histoire et d’histoires, austère et rocheux. Des doutes sont apparus quant à la faisabilité d’une exposition de sculptures en acier, pour la plupart de grand format, que je voulais en partie réaliser spécialement pour ce site. Comment ces objets, parfois lourds de plusieurs tonnes, allaient-ils gravir cette montagne et prendre place ? Le Castel n’offre pas d’emplacements de sculpture au sens traditionnel, il faut le conquérir et l’escalader. Les sculptures doivent d’abord être transportées jusqu’ici pour pouvoir se créer leur propre lieu, unique. J’ai fait la connaissance du maître des lieux, Theo Schneider, et de son épouse Verena Neff, en 2013, lors de la biennale de sculpture de Racconigi, près de Turin. Ils m’ont invité à visiter le Castel Pergine, à laisser vagabonder mes pensées et à explorer la possibilité de présenter mes sculptures monumentales et pesant plusieurs tonnes.

Des perspectives et des vues fantastiques sur les montagnes environnantes, mais aussi des lieux plus dissimulés comme le chemin de ronde et le cachot du château, m’ont provoqué ; mon imagination bouillonnait, les concepts se bousculaient, puis étaient à nouveau abandonnés, car les accès difficiles aux endroits que j’avais choisis remettaient sans cesse en question la faisabilité d’une exposition telle que je l’imaginais. Theo, toutefois, le passionné de sculpture, a su dissiper mes inquiétudes. « On va y arriver », répétait-il comme un mantra, et ainsi ont grandi en moi la confiance et la certitude qu’il était prêt à déplacer des montagnes pour notre projet. Avec de lourds engins de transport, une grue de 50 m et des aides déterminés, l’impossible en apparence a été accompli.

Pergine est un lieu particulier : sa beauté âpre et son austérité sont la demeure idéale de mes « habitants d’acier de passage ». C’est précisément ici que la légèreté apparente de formes parfois lourdes de plusieurs tonnes se ressent avec une intensité particulière. Certaines sculptures semblent vouloir s’envoler pour se fondre dans l’immensité du paysage montagneux. Elles paraissent en mouvement et s’arrêter un instant au moment où on les regarde, pour reprendre, l’instant d’après, leur danse vers cette vaste étendue. D’autres, tels des gardiens d’acier, semblent attendre dans ce monde rude quelque chose que nous ne pouvons définir. D’autres encore se terrent dans les douves et le cachot. Il en est né une diversité d’expériences de regard, une chorégraphie sculpturale, un théâtre d’acteurs d’acier sur la scène du château, haut au-dessus de la Valsugana. Des sculptures habitent un château pour un temps. Il semble suspendu dans ce monde intemporel, où seuls l’alternance du jour et de la nuit, le changement du temps paraissent déterminer le rythme intérieur du lieu. Le bruit de la ville est lointain. Au Castel Pergine, on est plus près du ciel.

Je suis curieux de voir comment ces habitants d’acier de passage vont transformer le regard porté sur le château, s’ils sont capables, dans ce paysage et à l’ombre du colosse de pierre, de créer des lieux qui marquent, que l’on emporte avec soi en pensée, qui abordent des secrets comme ils n’ont jamais émergé ici ; s’ils sont capables de se tenir à hauteur de l’histoire du lieu et d’entrer en dialogue. À l’automne, on verra ce que mes habitants d’acier auront suscité dans l’esprit de celles et ceux qui les auront rencontrés. En tout cas, ils s’inscrivent dans la mémoire de ce lieu merveilleux.

Robert Schad, Larians, avril 2015

CARRÉ DIX/29

Chemin du Patrimoine, Finistère-Bretagne (FR) / 41 sculptures sur 7 sites (commissaire : Yvain Bornibus), 2016

Réjouissez-vous ! En 2016, nous accueillons des invités dont les noms sonnent étrangement au cœur de la Bretagne : Goberd, Bornis, Zmorg… Les œuvres monumentales de Robert Schad s’intègrent pourtant dans notre paysage, dans notre patrimoine. Elles s’insèrent de manière naturelle dans leur environnement et nouent avec lui une relation visuelle multiple. Les sculptures abstraites de l’artiste allemand, devenues des « figures en mouvement », s’adressent à tous ceux qui croisent leur chemin. On oublie les barres d’acier lourdes et massives, car tel un alchimiste, Robert Schad les a transformées en de nombreuses formes gracieuses, d’un brun rouille, qui entraînent les spectateurs dans une danse presque suspendue.

Grâce à leur forme simple et très graphique, dotée d’un langage formel merveilleusement unifié, l’artiste nous invite tous, sans distinction, à les rencontrer. Chemins du patrimoine en Finistère, une institution créée il y a 10 ans sous l’impulsion du Département, s’est associée au festival Arts à la pointe, à l’abbaye de Bon-Repos et à la Maison Penanault pour présenter aux visiteurs un ensemble exceptionnel d’œuvres. Du Cap Sizun à la baie de Morlaix, en passant par le cœur de la Bretagne occidentale jusqu’à la côte nord – et même au-delà des frontières du département – cette exposition collective des œuvres d’un artiste allemand de renom manifeste le grand potentiel de la coopération mutuelle.

Cet effort commun a permis à Robert Schad d’instaurer un dialogue fructueux avec tous ces lieux chargés d’histoire ou de poésie. Le Conseil départemental accompagne les habitants du Finistère tout au long de leur vie et consacre une attention particulière à ceux qui rencontrent des difficultés. C’est donc une institution pour laquelle la solidarité avec les personnes et les territoires est importante, afin que tous puissent vivre le mieux possible dans leur propre cadre de vie. Notre collectivité vise la même cohésion entre les hommes et les lieux que l’artiste : nous savons tous combien il est important de vivre avec notre temps.

Extrait de texte de Nathalie Sarrabezolles, Présidente du Conseil départemental du Finistère, Présidente du Conseil d’administration

TANZ_5

Exposition urbaine de Landshut / 10 sculptures (commissaire : Stefanje Weinmayr), 2014

ZMORG, littéralement atterrie de très haut devant le portail d’entrée du centre historique de Landshut, la remarquable église-halle gothique du Saint-Esprit. VARULL, étendue sur le parvis de la Résidence, sans doute le premier édifice profane de la Renaissance au nord des Alpes. SUBlRAI, qui se déploie comme une ligne monumentale sans fin dans le parc de la Mühleninsel de Landshut, l’un des premiers centres industriels de la ville. Elles et les autres « membres de l’ensemble » de la compagnie internationale Robert Schad. Tanz IV. Sculpture Acier Ville, toutes des œuvres monumentales du sculpteur Robert Schad, né en 1953, sont accueillies pendant un an au cœur de la ville résidentielle de l’ancienne Bavière, marquée depuis ses débuts par des chefs-d’œuvre de la sculpture.

Au XXe siècle, l’un des grands protagonistes de la sculpture allemande, le sculpteur Fritz Koenig, né en 1924, s’inscrit lui aussi dans cette grande tradition de Landshut. En 1998, le « Skulpturenmuseum im Hofberg » lui a été consacré. Les salles souterraines de cette Kunsthalle sont profondément creusées dans le versant de l’Isar et conservent l’œuvre et les collections d’art de Koenig. Sous le titre programmatique « Skulpturenmuseum vor Ort », la féconde tradition landshutoise de la sculpture dans l’espace public est aujourd’hui ravivée et réinterprétée sur toutes les places marquantes du centre-ville. Il serait beau que ces « habitants » d’acier, temporaires, de Landshut s’intègrent à notre quotidien et deviennent une part de notre communauté urbaine.

Extrait de texte de Stefanje Weinmayr, ancienne directrice du KOENIGmuseum Landshut

TANZ_2

Parc de sculptures de Heidelberg / 10 sculptures (commissaire : Manfred Fuchs), 2012

Les quatre sculptures monumentales dans le parc de la clinique orthopédique de Heidelberg – Subirat (2011), VARULL (2011), KENDER (2011) et ZMORTG (2007) – avaient été conçues à l’origine pour le parvis du château d’Altshausen, résidence de la famille ducale de Wurtemberg, et y furent exposées pour la première fois, à l’exception de ZMORG.

Les titres sont, comme toujours chez Schad, des inventions onomatopéiques qui laissent place à de multiples associations. Sur fond de pignons, portails, pilastres et tours de l’ensemble baroque du château, les sculptures en acier produisaient un effet tout autre que dans le parc de la clinique universitaire orthopédique de Heidelberg. Alors que, dans la petite ville du sud de l’Allemagne, l’aspect constructif passait davantage au premier plan, les linéaments abstraits, en lien avec le centre médical pour les personnes souffrant d’affections dégénératives de l’appareil locomoteur, acquièrent une dimension anthropomorphe. Cette ambiguïté est bel et bien voulue par Robert Schad. Les qualités formelles de ses sculptures ouvrent, selon le contexte, des perceptions visuelles et des associations de pensée différentes. Ses sculptures, formellement développées à partir de la ligne, s’entrelacent avec l’espace qui les entoure et mettent ainsi en mouvement des énergies multiples : s’élançant de manière expressive (ZMORG), construites en croisillons grillagés (KENDER), demeurant calmement au sol (SUBIRAT) ou semblant s’étirer dans le vent (VORULL).

Extrait du catalogue, Dr Bettina Ruhrberg, Directrice du Mönchehaus Museum Goslar

TANZ_1

Ville d’Altshausen, place du marché devant le château ducal / 5 sculptures (commissaire : Jupp Eisele), 2011

L’administration communale d’Altshausen, sous le mandat du maire Kurt König, a initié en 2009, avec l’exposition de l’artiste néerlandais Henk Vish, une série de projets de sculpture, poursuivie en 2011 par Robert Schad. Cette exposition de Schad était sa première de ce type et le début d’un parcours d’expositions de ses œuvres monumentales à travers l’Europe. Le théâtre des projets de sculpture d’Altshausen était et demeure la place du marché, qui s’étend comme une scène devant le château de la famille ducale de Wurtemberg. Les projets de sculpture, qui se succèdent, offrent un aperçu de la création de sculpteurs internationaux et nationaux.

Avec l’exposition « ALLE Vier / Tanz_1 », Schad a présenté pour la première fois ses œuvres monumentales en extérieur, réalisées sans commande, spécialement pour ce lieu. Elles agissent comme des danseurs qui, suivant la chorégraphie de Schad, déploient leur jeu sur l’espace urbain du centre communal. Différentes par la forme, mais réalisées à partir d’une ligne d’acier massive au profil constant de 100 mm, elles « dessinent » des états humains dans l’espace. Ce qui pèse des tonnes semble vouloir s’envoler – les constructions d’acier transmettent un mouvement qui semble s’arrêter au moment où l’on regarde.

Jupp Eisele, commissaire et ancien professeur d’arts plastiques de Robert Schad au Neuen Gymnasium Ravensburg

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